Dans un mémoire officiel d’avril 2020, les Nations Unies ont lancé une mise en garde : la pandémie « creuse les inégalités préexistantes, en mettant au jour les fragilités des systèmes sociaux, politiques et économiques ». Le rapport mentionne que les effets de la COVID-19 sont exacerbés, pour les femmes et les jeunes filles, « du simple fait de leur sexe », alors que les femmes seront les piliers de la reprise dans les collectivités. « Chaque intervention officielle qui en tiendra compte aura ainsi plus d’impact. »
Consciente des difficultés qu’affrontent les Canadiennes et le nombre démesuré d’organismes de bienfaisance pour les femmes qui sont affaiblis par la pandémie, la Fondation canadienne des femmes a lancé, dans le mois où le rapport a été publié, un projet visant à édifier la sécurité économique des femmes pendant la pandémie. Près de 90 % des fournisseurs de services destinés aux femmes qui ont été sondés par la Fondation ont fait savoir qu’ils étaient préoccupés par le choc de la pandémie sur leur capacité à continuer d’exercer leurs activités.
« Les femmes sont aux prises depuis vraiment longtemps avec l’insécurité économique, ce qui est encore plus grave aujourd’hui », affirme Andrea Gunraj, vice‑présidente de la Participation citoyenne de la Fondation canadienne des femmes. Elle fait observer qu’en mars 2020, le nombre d’emplois qu’ont perdus les femmes est sans précédent; les hommes ont ensuite été mis en disponibilité. Or, lorsqu’on a repris l’embauche, les femmes rappelées ont été beaucoup moins nombreuses que les hommes.
Le manque de garderies est l’une des grandes raisons, confie‑t‑elle, surtout parce que de nombreuses femmes licenciées travaillent dans des secteurs moins bien rémunérés comme la vente au détail, l’hôtellerie et les soins personnels. « Il y a nettement plus d’obstacles contre la participation dans bien des programmes que nous finançons », précise Mme Gunraj. Outre le manque de garderies, le risque accru de violence fondé sur le genre empêche les femmes d’avoir accès aux services, sans parler des services qui permettent d’édifier la sécurité économique.
Cette semaine, la Banque Scotia s’est engagée à verser 200 000 $ sur deux ans à la Fondation et à neuf organismes dont les services sont consacrés au développement économique et à la promotion professionnelle des femmes. Ces organismes, qui sont présents d’un océan à l’autre, dans les zones urbaines, rurales et éloignées, toucheront chacun 10 000 $ par an. Ce don sera un volet essentiel de ScotiaINSPIRE, initiative de 500 millions de dollars menée sur 10 ans par la Banque pour promouvoir la résilience économique des groupes défavorisés.
L’un de ces organismes, qui a son siège à Moncton, est le YWCA qui aide les femmes, avec son programme Employment My Way, à préparer et à rédiger un plan d’affaires grâce auquel une idée peut devenir une entreprise.
Le manque de garderies est devenu un problème pour les clients, fait savoir Alicia Mazerolle, première directrice associée et première directrice de l’employabilité et des services à la jeunesse de cet organisme. La plupart des clients faisaient appel aux services en présentiel de l’organisme, qui assurait la garde des enfants et le transport, en plus d’offrir de précieuses occasions de réseautage. À cause de la pandémie, l’organisme a eu de la difficulté à intéresser les femmes à lancer des entreprises, et de nombreuses entreprises existantes ferment leurs portes. Cette difficulté est aggravée par l’obligation de garder les enfants à la maison depuis que le Nouveau-Brunswick a fermé ses écoles et ses garderies au début de la pandémie.
« Le fardeau de la garde des enfants pèse toujours très lourdement sur les femmes, d’autant plus que les fermetures et les confinements limitent l’accès aux garderies et à ces services. En outre, chacun est fragilisé par l’isolement dans sa santé mentale, et bien des femmes qui se sont confiées à nous ont beaucoup de difficulté à assurer le soutien de leur famille et à aller de l’avant », a déclaré Mme Mazerolle.
Les femmes qui n’ont pas accès aux technologies ont aussi de la difficulté à faire appel aux services du programme Employment My Way pendant la pandémie. Le programme a mis un module en ligne; toutefois, il ne s’agissait pas du principal moyen d’assurer ses services. Puisque la pandémie paralyse le Nouveau-Brunswick, le programme Employment My Way a dû se transformer et offrir des séances entièrement virtuelles. Cette mutation a mis en lumière les limites dans l’accès et les lacunes de la culture numérique dans une province rurale. « Il y a encore ici de nombreuses collectivités qui fonctionnent avec le réseau Internet par ligne commutée », précise Mme Mazerolle.
« Le fossé numérique est toujours important, et ce n’est pas nécessairement un problème facile à résoudre; c’est donc certainement un volet important de nos opérations pendant la pandémie », nous apprend‑elle, en notant que le YWCA offre désormais aux clients de l’aide pour leur permettre d’avoir accès aux services numériques, au réseau Internet et à des connaissances informatiques essentielles.
Depuis le début de la pandémie, les besoins sont très divers et imprévisibles, confie Mme Gunraj, de la FCF. « Certains groupes nous ont appris que le financement est consacré au personnel… D’autres s’en servent par exemple pour acheter de l’EPI et des produits de nettoyage », enchaîne‑t‑elle. Toutefois, elle précise que les frais de numérisation des services et les moyens à prendre pour s’assurer que les femmes y ont accès sont les nouveaux secteurs essentiels à financer. C’est très vrai dans les collectivités rurales et éloignées partout au Canada, surtout dans le Nord, où il y a toujours eu un fossé technologique.
« Aujourd’hui, ce fossé technologique est en quelque sorte une question de vie ou de mort. Nous continuons d’entendre dire qu’il faut avoir un meilleur accès, dans le Nord, au Wi‑Fi et au réseau Internet, ainsi qu’aux outils : par exemple, il faut plusieurs ordinateurs portatifs dans un ménage pour que les enfants puissent faire leurs travaux scolaires et que les parents puissent mener leurs activités professionnelles », explique Mme Gunraj.
La Fondation canadienne des femmes aide les femmes, les jeunes filles et les personnes de diverses identités de genre à sortir de la violence et de la pauvreté grâce à la recherche, à la défense des droits, à l’échange des connaissances et au financement des projets collectifs d’un océan à l’autre. « L’idée de ce projet est de faire en sorte que ces programmes se poursuivent pendant et après la pandémie. Ce serait terrible pour nous de consentir des dons dans une situation d’urgence pour ensuite apprendre qu’il faut mettre fin à des programmes au moment même où les gens en ont le plus besoin pour assurer leur sécurité », ajoute Mme Gunraj.
« La Banque Scotia sait que les gens peuvent réussir quand on triomphe des obstacles qui se dressent contre l’avancement professionnel, affirme Meigan Terry, première vice‑présidente, Communications mondiales et Impact social à la Banque Scotia. Grâce à la générosité de la Banque Scotia, la Fondation canadienne des femmes aide les organismes partout au Canada à offrir aux femmes et aux jeunes filles défavorisées des programmes qui leur permettront de perfectionner leurs compétences et de réussir financièrement. »