Si la pandémie a eu un effet sur les investissements dans les entreprises donnant la priorité aux facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), c’est celui de pousser les clients, surtout les millénariaux, à considérer davantage le pouvoir de leurs investissements pour une meilleure gestion des changements climatiques, une représentation plus diversifiée et une plus grande justice sociale.
En entrevue avec Perspectives, Jim Morris, directeur général, Gestion de placements, Scotia Gestion mondiale d’actifs et chef de l’exploitation, Gestion d’actifs 1832 S.E.C., et Daniel Yungblut, vice-président, chef de la recherche et président du comité de placements ESG à Gestion d’actifs 1832 S.E.C., la branche de gestion de placements de Scotia Gestion mondiale d’actifs, ont parlé de l’évolution de l’investissement ESG et du type de possibilités que le secteur offre aux épargnants pour atteindre leurs objectifs.
Q : L’investissement ESG a la cote à l’heure actuelle, mais le concept ne date pas d’hier. Comment a-t-il évolué au fil du temps?
Morris : Parce que nous gérons activement des placements axés sur les données fondamentales, les facteurs ESG ont toujours fait partie de nos contrôles préalables dans l’évaluation du profil risque-rendement des placements, dont les racines remontent aux années 1950. Ces facteurs ont toujours fait partie de nos analyses, mais sous d’autres dénominations.
Le sens qu’on donne au terme « ESG » peut varier d’une personne à l’autre et son éclairage a connu diverses mutations au fil des dernières années. Il y a cinq ans, on parlait plutôt de facteurs GES, car on mettait davantage l’accent sur la gouvernance. Depuis deux ou trois ans, avec l’importance donnée à la carboneutralité pour freiner les effets les plus dommageables des changements climatiques et l’arrivée des taxes carbone, c’est la dimension environnementale qui a pris le devant de la scène. Plus récemment, ce sont les questions de justice sociale qui ont davantage été au cœur des préoccupations.
Yungblut : La pandémie a braqué les projecteurs sur les facteurs ESG, faisant ressortir l’importance de la résilience du modèle d’affaires des entreprises et celle des paramètres non financiers. La volatilité des marchés a motivé les épargnants à poser des questions plus pointues sur leurs placements. Cela dit, comme le disait Jim, la question des facteurs ESG s’est imposée progressivement et prend de l’ampleur depuis déjà un certain temps. Il semble bien que nous ayons atteint une masse critique de clients et de conseillers qui sont renseignés sur le sujet et s’y intéressent.
Nous voyons d’un très bon œil que les clients se mettent à questionner les gestionnaires de fonds sur leurs pratiques d’investissement ESG. Les épargnants sont plus sensibilisés au « verdissage », c’est-à-dire ce que font parfois les sociétés de gestion de placements pour faire paraître une option d’investissement plus verte qu’elle ne l’est en réalité. Nous croyons que l’obligation des gestionnaires d’actifs de se conformer à certaines normes et de veiller à ce que les solutions ESG soient rigoureusement encadrées par un processus et une infrastructure de gestion de placements démontre que le secteur a atteint un certain niveau de maturité.
Q : Même si les épargnants posent plus de questions et savent mieux repérer les tactiques de verdissage, une part d’ambiguïté subsiste néanmoins dans l’investissement ESG. Comment un épargnant peut-il vérifier qu’une solution d’investissement ESG tient bien ses promesses?
Morris : La définition qu’on donne aux facteurs ESG est très large, et les étiquettes qu’on leur appose sont nombreuses – investissement socialement responsable, investissement durable, investissement éthique, investissement à retombées sociales, etc. –, ce qui peut manquer de clarté pour les épargnants.
Une part du risque pour les sociétés de gestion de placements est de tomber dans le piège de placarder l’étiquette ESG sur un produit en suivant une approche trop simpliste, par exemple en s’appuyant sur les analyses de fournisseurs externes pour privilégier les entreprises les mieux cotées au détriment de celles qui le sont moins bien, puis en commercialisant le tout avec de belles images.
Parce que chaque personne a sa propre vision, tenter de plaire à tout le monde avec un seul produit est impossible. Qu’on parle de privilégier la durabilité, d’éviter les combustibles fossiles, le tabac, l’alcool ou les casinos, ou de se concentrer sur les questions sociales ou de diversité, il existe une pléthore de critères sous le parapluie ESG.
Les sociétés de gestion de placements doivent être transparentes sur leurs objectifs et leur méthode de placement des fonds, et démontrer que le produit répond bel et bien aux attentes des épargnants, en somme : elles doivent établir leur crédibilité. Faute de quoi, elles risquent de perdre la confiance de leurs clients.
Je préfère de loin investir notre temps dans la mise en place d’un processus de placement rigoureux et l’établissement de notre crédibilité plutôt que dans une belle présentation PowerPoint ou une campagne publicitaire.
Yungblut : L’épargnant devrait choisir des gestionnaires dont l’infrastructure est déjà en place. Comment choisissent-ils leurs placements? Est-il possible de vérifier s’ils tiennent bien leurs promesses? Utilisent-ils une stratégie active ou passive? L’épargnant doit aussi savoir ce qu’il veut vraiment – le type de changements auquel il veut contribuer, le type de placement qu’il veut faire – et choisir des fonds en conséquence.
Il faut que l’épargnant informe son conseiller de ses priorités pour qu’ils explorent ensemble les diverses options de placement et si ces dernières lui permettent d’atteindre ses objectifs, financiers et autres.
Q : Comment Scotia Gestion mondiale d’actifs aborde-t-elle l’investissement ESG?
Morris : Les facteurs ESG sont intégrés à nos processus de contrôle préalable depuis des décennies, comme je le disais plus tôt et, ces dernières années, nous avons officialisé notre approche à ce chapitre en devenant signataire des Principes pour l’investissement responsable des Nations Unies, en rejoignant les rangs de l’Association pour l’investissement responsable et la Coalition canadienne pour une bonne gouvernance, et en mettant sur pied un comité interne de placements ESG.
Yungblut : Nous avons choisi dès le départ de confier la responsabilité de l’intégration des facteurs ESG à nos gestionnaires de portefeuille et analystes au lieu de créer une équipe distincte. Parce qu’ils analysent eux-mêmes les entreprises en profondeur et dialoguent directement avec les équipes de direction, nous sommes sûrs qu’ils ont tenu compte de tous les facteurs ESG essentiels dans leurs décisions de placement.
Nous prenons très au sérieux le dialogue avec les sociétés dans lesquelles nous investissons, car il nous permet de les inciter au changement sur le long terme et, ainsi, de contribuer à résoudre de grands problèmes concrets et à changer le cours des choses.
Je me souviens très bien d’une discussion il y a sept ans avec un chef de file des sables bitumineux sur l’assombrissement des perspectives des combustibles fossiles pour les décennies à venir et sur l’importance, pour l’équilibre social, d’investir les profits tirés de la production de pétrole et de combustibles fossiles dans les énergies renouvelables, une discussion que nous avons également eue avec des sociétés de pipeline. Nous avons fait mouche, puisque le producteur de sables bitumineux en question a commencé à investir dans le captage du carbone et demeure, encore aujourd’hui, un chef de file dans le domaine.
Morris : Il y a quelques mois, nous avons lancé notre premier produit ESG, le Fonds Évolution Énergique Dynamique, sous la bannière Fonds Dynamique. Ce fonds axé sur les énergies renouvelables a trouvé écho chez nombre d’épargnants et de conseillers au Canada, accumulant un actif de plus de 300 millions de dollars.
Bien que l’exclusion des combustibles fossiles soit monnaie courante, le Fonds, qui, je le répète, est axé sur les énergies renouvelables, n’évite pas les entreprises de ce secteur. Certaines sociétés énergétiques intégrées mènent des recherches à la fine pointe sur les énergies renouvelables et sur la réduction de leur empreinte carbone; en les excluant, on se prive des résultats de leurs recherches. Plusieurs entreprises de l’univers de placement du Fonds, même si elles affichaient une excellente performance ESG, ont été exclues du portefeuille parce que nous ne pensions pas qu’elles arriveraient à créer des solutions énergétiques fiables ou même à dégager un rendement du capital intéressant.
Scotia Gestion mondiale d’actifs a aussi lancé une gamme de fonds faibles en carbone sous la bannière Fonds Scotia, gérés par Jarislowsky Fraser Limitée, qui s’adresse aux clients de nos succursales. Ainsi, nous donnons du choix à tout l’éventail de notre clientèle. Ces fonds appliquent des filtres d’intensité carbone pour exclure les sociétés énergétiques (à l’exception des sociétés d’énergies renouvelables) ainsi que les celles d’autres secteurs dont la chaîne d’approvisionnement est fortement exposée aux combustibles fossiles.
La question est de savoir quel type de produit ESG vous obtenez et ce qui se passe en coulisses.
Q : Vous avez parlé de stratégies actives et passives; comment les épargnants peuvent-ils savoir lesquelles leur conviennent le mieux?
Yungblut : Il n’est pas nécessaire de choisir entre l’une ou l’autre, les deux ont leur place selon les objectifs de placement. Cela dit, il faut tout de même tenir compte de certains facteurs importants.
Quand on considère les facteurs ESG dans le cadre d’une stratégie passive, la sélection de titres se fonde sur les notes ESG. Ces dernières années ont vu le nombre de fournisseurs de recherches et d’analyses exploser, si bien que même les grandes agences de notation du crédit offrent des services d’analyse ESG. Il faut toutefois savoir que la subjectivité pèse lourd dans l’établissement de ces notes : pour une même société, elles peuvent varier considérablement d’un fournisseur à l’autre, car aucune mesure objective n’encadre les pratiques ou les méthodes d’évaluation de certains facteurs. Les notes ESG ne tenant absolument pas compte des avantages d’investir dans une société donnée, nous ne croyons pas qu’elles soient, à elles seules, particulièrement efficaces pour la sélection de titres.
Ne se limitant pas aux notes ESG, une stratégie active peut vous aider à miser sur des sociétés qui s’attaqueront à des problèmes sociaux et qui finiront par changer la donne. De plus, un gestionnaire actif peut considérer des entreprises dont la note, actuellement basse, pourrait s’améliorer si elles investissent dans la réduction de leurs émissions de carbone, dans des produits renouvelables ou d’autres types de solutions novatrices, par exemple. Une note ESG ne rend compte de rien de tout ça.
Morris : Autre élément à considérer : dans une stratégie passive, le principal moyen d’influencer les décisions de placement est le vote par procuration, tandis qu’un gestionnaire actif vendra tout simplement le titre s’il perd foi dans l’entreprise. Parce que les ventes d’un titre en font baisser la valeur, le dialogue avec les entreprises prend tout son sens. Nous sommes l’une des plus grandes sociétés de gestion de placements au Canada, ce qui nous donne de l’influence.
Q : Scotia Capitaux a été conseiller de Dream Unlimited Corp. pour la première émission de la Fiducie d’impact Dream au mois de mars, qui a permis de recueillir des engagements totalisant 136 millions de dollars, notamment de Gestion d’actifs 1832. Comment ce fonds s’inscrit-il dans votre stratégie d’investissement ESG?
Morris : Le fonds privilégie le logement abordable, les communautés inclusives et une utilisation efficiente des ressources, qui sont toutes des visées à portée sociale, sans toutefois négliger d’offrir un bon rendement aux porteurs de parts. Voilà un bon exemple de ce qu’on entend par octroyer du capital à ceux qui sauront réellement contribuer à l’épanouissement de la collectivité.
Q : À quoi d’autre les épargnants pourront-ils s’attendre de la part de Scotia Gestion mondiale d’actifs?
Morris : Voulant d’abord mettre l’infrastructure sur pied, nous sommes réfléchis et consciencieux dans l’élaboration de nos produits. Beaucoup de sociétés de gestion lancent une batterie de cinq ou dix fonds en espérant qu’un ou deux trouveront écho chez les clients, tandis que nous, nous sous-pesons différentes possibilités qui s’alignent sur nos valeurs et celles de notre clientèle. L’une des avenues qui nous intéressent est celle d’un fonds à retombées sociales. Nous avons également dans notre ligne de mire des volets de titres à revenu fixe et d’emprunt dans le secteur des énergies renouvelables ainsi que d’autres fonds d’actions. Il faudra donc nous reparler pour voir comment nous évoluons en phase avec le secteur, la société et le reste du monde.
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